Les IoT sont condamnés à un modèle hybride

Le tout connecté, le tout Cloud pour les objets connectés, les fameux IoT (Internet des Objets), va-t-il radicalement changer de nature ? Pour des objets passifs avec une récupération de données peu fréquentes, cela ne va pas changer grand-chose. Les IoT utilisant des infrastructures télécoms basées sur Lora ou Sigfox, rien de nouveau. Par contre pour tous les objets utilisant une connexion Internet ou 3G / 4G pour se connecter à des plateformes cloud pour envoyer, récupérer, traiter les données, déporter tout ou partie l’intelligence de l’objet, les problèmes se multiplient. Déjà il faut un réseau disponible et si possible de qualité acceptable que ce se soit en xG, WiFi, etc. La latence réseau existe et peut être un réel problème pour assurer un fonctionnement de qualité. Car si la latence est trop élevée, vous risquez de faire échouer l’application ou la requête utilisateur en cours. Un vrai problème d’expérience utilisateur. 

Plus vous multipliez les IoT, plus les réseaux seront chargés et plus le réseau utilisé par l’utilisateur (et l’objet) sera utilisé, voire, stressé. Aujourd’hui, l’écrasante majorité des IoT ont besoin de services cloud pour fonctionner, s’activer, s’authentifier, etc. Sans réseau, donc sans connexion à la plateforme distance, l’objet est inerte, sans interactivité, sans usage (ou si peu). Les solutions Cloud pour les IoT, que se soit pour les données, le stockage, la partie fonctionnelle, permettent d’aller vite dans le déploiement, surtout quand votre parc IoT pèse des centaines milliers de terminaux, mais il faut que l’accès réseau soit garanti, sans coupure, sans dégradations et que la plateforme cloud soit réellement 24/7. Et certains IoT ou objets critiques ne peuvent pas se permettre d’avoir des latences ou des problèmes de conductivités. Une voiture connectée ne peut pas attendre des informations vitales venant d’un service cloud si la connexion est mauvaise ou si tel service est tombé. Nous sommes aux limites de ce que l’on peut faire en terme de réseau — cloud — IoT. Des services, des applications exigent des latences de 10 ou 15 millisecondes, ou moins. La notion de temps réel en IoT est abusive, car nous sommes loin du temps réel dur que l’on a les RTOS (la comparaison est un peu absurde, mais elle montre l’abus de langage).

Tous les géants du cloud ont leurs solutions IoT. Mais faut-il continuer à miser sur les datacenters géants de 200 ou 250 000 serveurs ? Ils coûtent chers à construire, à maintenir, consomment beaucoup d’énergies et occupent une superficie importante. La course aux datacenters avait provoqué une saturation de certaines régions en France avec des tensions fortes sur le réseau électrique et sur les terrains à construire.

Les drones, la réalité augmentée / virtuelle, la voiture autonome, les IoT toujours plus nombreux, les robots, etc. tous ou presque vont se connecter aux réseaux et à des services distances. Plus vous chargez le réseau, plus la latence apparaît, moins vos services sont performants. Oui, la 5G résoudra une partie du problème. Oui il faut supprimer les zones blanches (les politiques en parlent, mais dans la réalité on fait comment et à quelle échéance ?). Oui, déployer massivement et partout le très haut débit est une bonne idée, mais à court terme ce n’est pas réalisable et le coût astronomique. 

Les IoT sont-ils condamnés à muter ou du moins, les constructeurs de ces objets vont-ils devoir repenser certains objets pour qu’ils soient plus autonomes. C’est à dire autonome localement. Cela signifie que ces objets embarqueront nativement une partie de l’intelligence, de la logique applicative et technique, donc d’y déployer les applications et non plus uniquement le firmware, faire des traitements locaux, gérer le mode déconnecté et autoriser un fonctionnement purement local quand le réseau tombe ou est inaccessible. Mais cela passe aussi par une nouvelle approche du datacenter et des infrastructures globales : ne plus penser datacenters géants, mais microdatacenters pour créer des réseaux locaux — régionaux plus réactifs et surtout pouvant garantir une meilleure latence. Bref avoir des datacenters de proximités et des réseaux telcos de proximités. C’est la démarche du Edge / Fog computing. C’est aussi la généralisation des infrastructures CDN pour assurer un routage optimale d’un point A à un point B. 

L’IoT embarquant des services et des fonctions n’est pas une nouveauté en soi. Tous les IoT ne peuvent pas le faire, car cela nécessite une partie électronique plus importante, une consommation électrique plus grande, un stockage plus important, déployer dessus les services et apps, etc. Ce qui complexifie l’IoT et son cycle de vie (notamment la maintenance, les mécanismes de mise à jour, etc.). Mais aura-t-on le choix ? La réponse est clairement non. Tous les IoT qui le peuvent doivent être conçus « by design » pour fonctionner en mode déconnecté, et assurer des traitements locaux, minimiser les trafics réseaux. D’ailleurs, pour ne citer que Microsoft et Amazon, on dispose déjà d’outils adaptés comme Azure IoT Edge Services ou le récent AWS Greengrass. Greengrass fonctionne avec les objets Linux ARM et x86. Il faut déployer Greengrass Core sur le device. Le Core permet d’exécuter les codes AWS Lambda sur l’objet. Greengrass Core permet de communiquer et d’échanger avec d’autres IoT locaux.