Maillon faible de la fiabilité des data centers : L’installation des infrastructures de câblage

Trop souvent encore, des dysfonctionnements ou des pannes surviennent dans les milliers de data centers en activité à travers le monde. Beaucoup de ces incidents ne sont ni dus à l’alimentation électrique, ni à la climatisation ni à des défaillances de serveurs ou autres équipements actifs, mais plus simplement à l’infrastructure de câblage installée. On l’oublie trop souvent, mais comme l’a confirmé le cabinet Gartner dans une récente étude, 47% des dysfonctionnements constatés dans les data centers au niveau mondial sont dus au câblage.

Paramètre souvent négligé lors de la phase de conception et d’installation, le câblage, tout particulièrement en technologie fibre optique, est ainsi devenu le maillon faible de beaucoup de data centers, en raison de mauvaises pratiques et/ou d’une installation déficiente.

En effet, l’installation d’une infrastructure de câblage fibre optique doit obéir à des règles et des procédures strictes.

Le non-respect d’une seule de ces règles suffit à entraîner un dysfonctionnement ou des performances de transmission non conformes au cahier des charges.

Quelles sont donc les meilleures pratiques à respecter lors de l’installation d’une infrastructure fibre optique dans un data center pour garantir un fonctionnement optimal ?

Régle n°1 – Intégrer le câblage le plus tôt possible dans la phase de conception du data center

Un data center est comme un costume sur mesure, chacun d’entre eux a des caractéristiques uniques. La phase de conception et de planification est donc essentielle pour garantir que tous ces éléments pourront fonctionner ensemble. L’infrastructure de câblage ne fait pas exception, et tous les éléments ayant un impact sur la future infrastructure devront être pris en compte (dimensions, agencement, nombre d’équipements, applications, etc.). Ceci permettra de déterminer le choix des composants inscrits dans le cahier des charges : type de câblage cuivre (catégorie 6A ou 8 Class I par exemple), de câblage fibre (multimode ou monomode), type de connectique, modes de raccordement, dimensions des chemins de câbles.

Pour cela, seule l’aide ou l’intervention d’un expert en amont pourra permettre au bureau d’études de déterminer la configuration la mieux adaptée et offrant le meilleur rapport performance/prix, sur la base d’une étude au cas par cas.

Règle n°2 – S’assurer que tous les composants sont bien conformes aux normes indiquées dans le cahier des charges.

Cela semble évident, mais tous les composants utilisés, qu’il s’agisse des câbles, des connecteurs et des cordons de brassage optiques doivent être conformes à leur propre norme. Les cordons de brassage cuivre par exemple, sont très souvent non conformes à la norme, ce qui a pour conséquence des performances de transmission inférieures aux résultats attendus.

Règle n°3 – S’assurer que l’infrastructure a été installée conformément aux normes.

La mise en œuvre d’une infrastructure de câblage fibre doit également respecter un ensemble de normes précises, qui différent largement de celles régissant le câblage cuivre. Par exemple, le rayon de courbure, de même que les forces de tension sur les câbles fibre, ne doivent pas dépasser des seuils précis, sous peine d’entraîner l’arrêt des transmissions.

Toutes ces normes et règles à respecter, qu’il s’agisse des composants ou de l’installation de l’infrastructure elle-même, doivent être inscrites clairement dans le Cahier des Clauses Techniques Particulières produit par le bureau d’études en charge du projet. L’opérateur du data center devra certifier l’exhaustivité de ce document, certains bureaux d’études utilisant des référentiels de normes obsolètes en matière de câblage.

Règle n°4 – Vérifier la propreté des connexions optiques.

À la différence du câblage cuivre, les connecteurs fibre optique sont sensibles à la moindre impureté, et doivent donc être parfaitement propres pour produire les performances souhaitées. Une simple trace de doigt sur un connecteur suffit à altérer significativement les performances d’un lien. Il est donc indispensable de vérifier les performances de transmission de chaque lien fibre une fois installé afin de vérifier qu’elles sont conformes aux valeurs indiquées dans le cahier des charges. Or les outils et logiciels nécessaires pour effectuer cette vérification sont coûteux et nécessitent des techniciens formés à leur utilisation, ce qui n’est pas toujours le cas. Il en résulte des mesures parfois approximatives, voire carrément inexploitables. L’utilisation de solutions techniques permettant d’éviter toute contamination au niveau des connecteurs, telle que PreCONNECT® PURE de Rosenberger OSI par exemple, permet de simplifier le respect de cette règle.

L’expérience montre que 95% des problèmes constatés sur les infrastructures fibre dans les data centers sont liés à leur installation.

Règle n°5 – Prescrire des règles et nomenclatures précises.

À l’image de ce que prescrit la règlementation américaine, les data centers français se doivent d’imposer et de vérifier systématiquement le strict respect des normes durant les phases de conception, d’installation, puis d’exploitation.  

La conformité à ces normes doit être mesurée et certifiée dans quatre domaines.

-          L’ensemble des composants matériels, dont la qualité et les performances doivent être certifiées si possible en continu par un laboratoire indépendant tel que GHMT.

-          La mise en œuvre, qui doit faire l’objet de multiples procédures normalisées. Les normes d’éclairement et de résistances mécaniques dans les data centers, notamment, sont souvent négligées.

-          La compétence des techniciens intervenant sur site devrait également être contrôlée auprès des prestataires, comme cela se pratique dans certaines grandes entreprises.

-          Enfin, une durée minimum de la garantie offerte par les fournisseurs des équipements allant au-delà des obligations légales doit être imposée, sachant que cette durée peut aller dans certains cas jusqu’à 25 ans.

Pour imposer le respect de toutes ces normes, les data centers peuvent et doivent faire appel à des experts indépendants.

Faute du non-respect de ces bonnes pratiques, les infrastructures de câblage risquent fort de demeurer dans l’avenir le maillon faible de la fiabilité et de la disponibilité des data centers.

Thierry Besrest, Sales Data Center France de Rosenberger OSI