L’essor de l’intelligence artificielle redéfinit les besoins en infrastructures numériques. Pour les datacenters, il ne s’agit plus seulement d’héberger davantage de serveurs, mais de répondre à des besoins de puissance et de densité croissants, tout en conciliant résilience, souveraineté, performance et enjeux environnementaux. Dans cette optique, il est désormais indispensable de concevoir des datacenters répondant aux besoins actuels tout en intégrant la flexibilité nécessaire pour évoluer avec les usages à venir.
S’appuyer sur des conceptions de nouvelle génération
Avec l’essor de l’IA, certaines infrastructures atteignent désormais 100 à 140 kW par baie, un niveau où le refroidissement par air montre ses limites et où le Direct Liquid Cooling devient incontournable. Ces densités restent aujourd’hui l’exception : la plupart des charges d’entreprise demeurent bien en deçà. D’où l’enjeu d’une conception by design, capable d’accueillir les deux, sans figer des choix technologiques appelés à évoluer rapidement.
Garder la maîtrise sans s’enfermer
La souveraineté ne se résume pas à héberger les données en France. Elle se joue à plusieurs niveaux : le site, l’exploitation, la sécurité, l’actionnariat, mais aussi les choix logiciels et matériels. Un hébergement opéré en France, aligné sur les exigences françaises et européennes comme SecNumCloud, répond aux besoins des secteurs sensibles. L’enjeu est aussi la réversibilité : l’architecture doit permettre de remplacer une solution stratégique sans remettre en cause l’ensemble de l’infrastructure.
Concilier écologie, performance et ancrage régional
Le datacenter de demain doit optimiser quatre paramètres : l’électricité, l’eau, la chaleur fatale et l’accès à la puissance. Le raccordement au réseau et les délais pour obtenir des mégawatts font désormais partie des contraintes de conception à part entière. Plutôt que de dépendre d’un mode de refroidissement unique, le site devra combiner Free Cooling, refroidissement mécanique ou liquide et solutions hybrides. L’IA pourra aider à arbitrer en temps réel en croisant météo, production photovoltaïque locale, réserves d’eau sans prélèvement d’eau potable et charge IT. Exemple : lorsque l’énergie solaire est abondante, privilégier temporairement le refroidissement mécanique pour économiser l’eau, puis basculer vers le Free Cooling dès que les conditions extérieures le permettent.
Cette optimisation s’inscrit dans une approche territoriale plus large. Consommations d’énergie et d’eau, préservation de la biodiversité et des écosystèmes, réseaux électriques locaux, nuisances sonores et valorisation de la chaleur (réseaux de chaleur urbains, bâtiments voisins, activités agricoles ou industrielles) doivent être anticipés dès la conception, en concertation avec les collectivités, les acteurs économiques et les riverains. Le datacenter devient un système dynamique, conçu et piloté en interaction avec son environnement.
S’appuyer sur des équipes expertes
Plus un datacenter est résilient, dense et automatisé, plus son exploitation exige de compétences. Le refroidissement liquide, par exemple, introduit des enjeux propres (étanchéité, maintenance, continuité du refroidissement) qui imposent une collaboration étroite entre énergie, IT, sécurité et continuité d’activité. Formation continue, participation aux audits, maîtrise des référentiels, veille réglementaire et échanges avec constructeurs et intégrateurs en sont les conditions.
Modulaire, prêt pour l’IA, résilient, souverain et piloté par la donnée : tel est le cahier des charges du datacenter de demain. Pour les organisations qui hébergent des données de santé ou des applications critiques, il se traduit par une exigence concrète : bénéficier de ces évolutions sans compromis sur la confidentialité ni la continuité de service.
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Par Frédéric Le Guillou – DSI du Groupe Cegedim, Président de cegedim.cloud

