Yoann Jousse Directeur Division Cloud, Cyber et Services Managés
Pendant longtemps, l’hébergement des données de santé a été considéré comme un sujet essentiellement technique. Il s’agissait de disposer d’un datacenter sécurisé, de garantir la disponibilité des applications et de respecter les exigences réglementaires. Cette époque est révolue.
Aujourd’hui, choisir où et comment sont hébergées les données de santé relève d’un choix stratégique. Derrière les infrastructures se jouent désormais des questions d’indépendance technologique, de souveraineté juridique, de cybersécurité, mais aussi de capacité d’innovation pour l’ensemble du système de santé.
L’accélération de la transformation numérique, portée notamment par le Ségur du numérique en santé, a profondément changé la donne. Les établissements de santé, les professionnels libéraux, les industriels et les patients produisent chaque jour des volumes considérables de données critiques. Ces données constituent un patrimoine stratégique. Elles méritent bien davantage qu’une simple capacité de stockage.
Au-delà de la certification : l’enjeu de la souveraineté juridique
La certification HDS constitue aujourd’hui un socle incontournable. Elle atteste d’un niveau élevé d’exigence en matière de sécurité, d’organisation et de qualité de service.
Mais considérer la certification comme l’unique critère de choix reviendrait à réduire l’hébergement à une simple conformité réglementaire.
Les véritables priorités sont désormais ailleurs. Il s’agit de savoir qui maîtrise réellement les infrastructures, sous quelle juridiction sont placées les données, et quels risques font peser les législations extraterritoriales sur la confidentialité des patients. Un certificat, aussi indispensable soit-il, ne garantit pas à lui seul la continuité des activités en période de crise, ni l’accompagnement des établissements dans l’évolution permanente de leurs usages numériques.
Les crises géopolitiques, les cyberattaques contre les établissements hospitaliers et les tensions internationales ont profondément modifié notre perception du numérique.
La dépendance à des infrastructures ou à des technologies soumises à des décisions étrangères n’est plus une hypothèse théorique. Elle représente un risque opérationnel.
La santé fait partie des secteurs critiques de la Nation. À ce titre, son infrastructure numérique doit pouvoir s’appuyer sur des acteurs capables de garantir une véritable autonomie de décision, une maîtrise juridique complète des données et une protection contre les législations extraterritoriales.
Choisir un cloud français ou européen ne relève donc plus d’une préférence économique ou patriotique. C’est un choix de résilience, de maîtrise et de confiance.
L’innovation a besoin de proximité
La souveraineté ne doit jamais être synonyme de repli. Bien au contraire, l’innovation en santé repose sur une collaboration permanente entre les établissements, les éditeurs, les industriels et les hébergeurs. Intelligence artificielle, télémédecine, objets connectés, recherche clinique ou médecine prédictive exigent des infrastructures capables d’évoluer rapidement tout en garantissant le plus haut niveau de sécurité. Cette capacité d’innovation repose également sur la proximité des équipes, la connaissance des métiers de la santé et un accompagnement de terrain que ne permettent pas toujours les modèles standardisés des hyperscalers internationaux.
L’erreur serait de considérer que la sécurité des données s’arrête aux portes du centre d’hébergement. Aujourd’hui, les menaces concernent l’ensemble de la chaîne numérique : le poste de travail du professionnel de santé, les équipements biomédicaux, les réseaux, les applications, les identités numériques, les accès distants, jusqu’aux infrastructures d’hébergement. La protection des données de santé impose une approche globale du système d’information.
L’hébergeur de demain n’est plus uniquement un opérateur de datacenter. Il devient un partenaire capable d’accompagner les établissements sur l’ensemble de leur environnement numérique, de sécuriser chaque maillon de la chaîne et d’assurer un continuum de services, du poste utilisateur jusqu’au cloud.
Construire une confiance durable
Au moment où les investissements dans la santé numérique s’accélèrent, les établissements ont besoin de partenaires capables d’allier excellence opérationnelle, innovation et indépendance.
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit sur la durée, grâce à une gouvernance transparente, une maîtrise technologique complète, un accompagnement de proximité et une vision de long terme. L’avenir de l’hébergement des données de santé ne se résume donc pas à la conformité ou à la capacité de stockage. Il repose sur une conviction simple : la souveraineté numérique est désormais l’une des conditions essentielles de la souveraineté sanitaire. Dans ce contexte, les acteurs capables de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur — du poste de travail jusqu’au datacenter — apporteront aux établissements bien plus qu’un service d’hébergement : ils offriront la capacité de bâtir un système de santé numérique résilient, innovant et durable.

