Cloud distribué souverain : quand le cloud revient au plus près des données

Le cloud public a transformé l’informatique en donnant accès, presque instantanément, à des ressources puissantes et flexibles. Mais l’essor de l’IA, la montée des exigences réglementaires et le besoin de mieux contrôler les données font émerger une nouvelle voie : le cloud distribué souverain.

Pendant des années, les termes du débat sur le cloud étaient simples. D’un côté, le cloud public, synonyme d’agilité, d’élasticité et d’accès rapide à l’innovation. De l’autre, les infrastructures locales, plus contrôlables, mais souvent plus lourdes à exploiter. Cette opposition est en train d’être dépassée.

L’IA change la donne

L’intelligence artificielle change en effet profondément la donne. Elle réclame davantage de puissance de calcul, des capacités GPU coûteuses (Graphics Processing Unit, ou processeurs graphiques), des volumes de données massifs et, surtout, une proximité beaucoup plus forte entre les traitements et les données elles-mêmes. Dans le même temps, les organisations veulent savoir où sont stockées leurs informations, qui exploite leurs infrastructures, quelles juridictions s’appliquent et jusqu’où elles restent maîtresses de leurs choix technologiques. Autrement dit, le sujet n’est plus seulement : cloud ou pas cloud ? Il devient : quel cloud, pour quel usage, avec quel niveau de contrôle ?

Sans être problématique, le cloud public n’a pas réponse à tout

Rappelons tout d’abord une évidence : le cloud public a été un formidable accélérateur. Il a démocratisé l’accès à des infrastructures modernes, réduit les délais de déploiement et rendu accessibles des services qui auraient autrefois nécessité des investissements considérables. Mais plus les usages sont devenus critiques, plus certaines limites sont apparues.

Les projets d’intelligence artificielle en sont une bonne illustration. Acheter et maintenir soi-même de grandes capacités GPU est extrêmement coûteux. Et déplacer systématiquement des données sensibles ou stratégiques vers des infrastructures distantes n’est pas toujours souhaitable non plus. À cela s’ajoutent les contraintes de conformité, de gouvernance, d’« auditabilité » ou encore de continuité d’activité. Certains secteurs réglementés, environnements industriels ou infrastructures critiques ont besoin de savoir précisément où se trouvent leurs données et dans quelles conditions leur infrastructure fonctionne. C’est ici qu’apparaît le cloud distribué souverain.

Un nouveau venu : le cloud distribué souverain

Son principe est relativement simple : il s’agit d’amener l’expérience et les services du cloud au plus près de l’organisation, dans son propre environnement ou dans une infrastructure souveraine dédiée. Le cloud distribué souverain propose le meilleur du cloud tout en assurant un contrôle. Il brouille volontairement la frontière entre cloud et infrastructure locale, et cherche à apporter sur site ce qui faisait la force du cloud public : l’automatisation, l’orchestration, la consommation à la demande, les services d’infrastructure et de plateforme, la capacité à faire évoluer rapidement les ressources. Avec cette technologie renouvelée, l’organisation conserve la maîtrise de l’environnement physique, de la localisation des données et des conditions d’exploitation. Certaines architectures peuvent même fonctionner de manière autonome, sans dépendre en permanence d’une connexion à Internet ou à une plateforme extérieure.

Pour l’IA, cette approche est particulièrement prometteuse. Elle permet de rapprocher la puissance de calcul des données, de réduire certaines contraintes de transfert et de déployer des capacités adaptées à des traitements intensifs, à la recherche ou à des applications nécessitant une forte proximité avec les systèmes métiers.

Attention toutefois : ce nouveau modèle ne signe pas la fin du cloud public. Gardons-nous donc de remplacer un dogme par un autre. En réalité, l’avenir sera probablement beaucoup plus composite : cloud public pour certains usages, cloud souverain pour d’autres, infrastructures dédiées lorsque les contraintes l’exigent, et cloud distribué lorsque l’on souhaite réunir agilité et contrôle.

La vraie modernité n’est peut-être plus de tout déplacer vers le cloud. Elle consiste à faire venir le cloud exactement là où l’on en a besoin !

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Philipp Jäggi

Head of Business Line Cloud

DEEP

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